26/01/2007

Maïkov versus Dantec

Le Forum Catholique organisait ce jeudi 25 janvier de l'an de Grâce 2007 un forum "participatif" avec l'écrivain Maurice G. Dantec ... inscrit au dit forum, nous avons pu échanger quelques "mots", à défaut d'idées véritables, avec cet auteur, qui par sa plume, nous a déjà fait forte impression ... voici nos échanges ... (un grand merci aux animateurs du Forum Catholique pour ce moment ...)

LM :
Bonjour Monsieur Dantec;

Vous ecrivez, dans le ToD III, avoir hésitez entre différentes confessions chrétiennes, ensuite vous dites ne pas avoir choisi l'Orthodoxie pour des raisons de divergences théologiques ? Pourriez-vous nous dire lesqueslles ?


MgD

J’aurais sans doute voulu être plus précis. Le différend entre l’église catholique romaine et l’église « Byzantine » n’est pas uniquement d’ordre théologique, même si il le recoupe. C’est une sorte de conflit théo/politique, où le césaro-papisme des Grecs sera malheureusement manipulé par les Turcs, après la Chute de Constantinople, alors qu’un Concile tenu en 1431 avait réglé le différend « christologique » du « Filioque ». La reconnaissance de l’autorité suprême du Pape dans la « hiérarchie naturelle » de l’Église ne me semble pas pouvoir être remise en question sans toucher à ce dont elle est l’image naturelle.


LM :
Vous vous définissez, cher Monsieur Dantec, comme un "catholique du futur", vous avez, je crois, déclarer qu'en étant "catholique et monarchiste" vous étiez véritablement futuriste ? Aujourd'hui quel est votre sentiment vis-à-vis du Futurisme ? Celui-ci fut, cela est peu connu, assez influencé par les théories "gnostiques" ...

MgD :

En préambule je dirais que la dénomination de « futuriste » dont j’ai usé pour essayer de me définir ne faisait pas référence au mouvement italien de Marinetti.
Je voulais dire simplement que le christianisme me semblant être l’unique voie de salut, aussi bien pour les personnes individuelles que pour les « personnes collectives », il était bien évidemment, et à lui seul, le futur.
La monarchie me semble un principe naturel, même si je peux concevoir l’intérêt d’une Constitution écrite. Dans American Black Box je souligne le fait que « les Etats-Unis sont une Monarchie constitutionnelle dont la Constitution est le Monarque ».
Enfin pour revenir à votre question sur les Futuristes en tant que tels, je dirais ceci :
- Les théories gnostiques furent très à la mode au tournant du dernier siècle, théosophie, para-religions genre Golden Dawn, même Heidegger n’y échappa pas.
- Connaissez-vous Giovanni Papini. C’est un auteur qui appartenait au courant futuriste et qui pourtant était un catholique convaincu.
- Dans les époques de nihilisme absolu, où tout est inversé, les chemins qui permettent aux âmes momentanément perdues de rejoindre le Christ sont souvent des sentiers dangereux, hauts perchés, avec des ravines de toutes parts, et très peu de points de repère. Je suis moi-même passé par bien des « gnosticismes » avant d’être consacré par le baptême.


LM :

Dans "American Black Box" vous écrivez que vous avez entamé la lecture du "cycle arthurien", vous dites y déceler de nombreux éléments ésotériques ... Or, il apparaît dans "Villa Vortex" que le "Livre" peut être considérer comme la "but de la quête" ... aviez-vous déjà en vue que les des sens du Graal (polysémique, comme tout symbole véritable, peut-être "graduale", le Livre, un Livre-pierre-coupe qui aurait reçu-écrit avec le Sang humano-divin ...

Avez-vous lu l'œuvre de René Guénon, si oui qu'en pensez-vous ?


MgD :

J’aime beaucoup votre définition polysémique du Graal. Un Livre ? En tout cas un processus d’inscription, c’est-à-dire une actualisation du verbe dans un Corps. Écrit avec le sang humao-divin du Christ ? Ce n’est même pas utile d’aller si loin : Si le Graal est le « principe actif » de la Glorification du corps du Christ, alors sa forme « réelle » est impensable et elle peut probablement prendre toutes les apparences possibles.
Le Graal ne serait pas un « objet », mais l’irruption du Surnaturel dans nos propres consciences. Je n’y avais pas pensé. Je vous en remercie.

J’ai parcouru quelques ouvrages de René Guénon. Bon j’aime bien le symbolisme et toutes ces rêveries ésotériques mais, vous m’excuserez, je trouve plus de véritable intelligence chez un Berdiaeff ou n’importe lequel des grands scolastiques médiévaux, La pensée de Guénon est déjà la victime des divers « théosophies » qui vont se faire concurrence au début du XXe siècle.
En terme de réelle perception des relations entre symboles et « choses », je conseille la lecture de Raymond Abellio, un Anapurna au-dessus.

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